• Le temps d'un sandwich

    Instants de vie

    Je suis assis sur un haut tabouret, recherchant par aspiration palatale  quelques miettes d'un sandwich faussement artisanal lui-même heureux de finir dans mon pauvre bec.

    Bribes de poulet industriel, les toujours blancs aux yeux vert et noirs. C'est l'automne, il pleut, j'aime bien ce temps-là faut l'avouer. Bouch3ayb est bien content, c’est un Mzabi et il a des hectares.

    Il doit être midi et quart, je suis sorti tôt, j'avais faim.

    Assis face aux cuisines savamment entretenues, je remarque facilement le jeu du patron aux manches remontées aux coudes. Il observe. Il observe la serveuse dans l'alignement des présentoirs réfrigérés. C'est qu'il y en a une nouvelle depuis lundi. Elle se trompe de touche et confond tartes et quiches, c'est qu'elle est nouvelle, faut bien s'y faire. Elle fume des clopes, en douce,  dans l’arrière court.

    De temps en temps, il appelle sa femme (autrefois, elle a été belle, maintenant, c'est la patronne ayant accompli le cinquième pilier, autrefois, elle était désirable, maintenant, ils ont un commerce, et ainsi de suite et leur fille fait des études de dentiste en Russie). Ils font des messes basses, en tout cas, lui. Il lui glisse à l'oreille la moindre erreur comportementale de la caissière, sa bonne femme acquiesce et fronce de sourcils, enfin de ce qu’il en reste.

    Le voilà qui bondit avec son enflure de ventre : elle s'est trompé de touche sur la caisse enregistreuse au clavier anti-miettes.

    Ah, la petite ânesse prononcée d'un ton sec dans sa tête en serrant les dents qu'il lui taperait bien dessus.

    Il est content. Il savoure, sa moustache dressée en témoigne. Il l'a prise sur le fait. Il est fort ce type-là. Il ressent un pouvoir d'avant-bras poilus et de petitesse de petit chef aigri portant en lui toute la rudesse des paysages de l’Anti Atlas.

     Il montre bien sa colère et puis surtout son savoir : lui, il se serait pas trompé de touche, pour sûr ! Il sort sur la terrasse trempée, il inspecte je ne sais quoi. Pas un sourire, rien. Il fait respecter l'ordre. Je suis même certain qu'il a quelques amis et une voiture allemande. Peut-être que sa femme le fait encore bander parce qu'elle a de jolis yeux noirs et une poitrine bien ferme, peut-être qu'il rit parfois de choses pas drôles avec des gens comme lui.

    Peut-être qu'un jour, je lui balancerais mon poing dans la gueule.

     

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  • Commentaires

    1
    kabé
    Lundi 1er Novembre 2010 à 09:51

    les tenanciers à casa sont plus cool :)

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