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    Un rat est mort.

    3 dirhams à la greluche suburbaine de notre bonne ville de Temara, un morceau de Herscha, d’une « rugosité » aussi douce qu’un mont de Vénus au sortir d’un hammam fumant !

     Le matin. Un noss noss classique. El Massae en diagonale. Jingle Al Jazeera comme fond sonore.

     30 mètres plus loin, sur un trottoir encore ombré pour l'heure, un rat.

    Allongé immobile l'oeil brillant, rien ne semble le déranger. Ni la caissière voilée, qui entre dans la téléboutique pour la journée, ni les bagnoles, le bruit et son soleil au-dessus.

    C'est un jeune rat, assez beau malgré une queue comme un serpent. Il est doux domestique presque. Sur le ventre à même le bitume, ses deux pattes arrières trahissent sa misère : il est mort depuis quelques heures sans doute, d'une mort mystérieuse et non-violente. L'étrangeté est dans son regard : l'oeil brille comme si la mort nous disait de la regarder, sans violence, une grande douceur dans l'humidité perçante des yeux d'un rat.

    A peine une heure de l'après-midi, je repasse en sens contraire. Le cadavre est maintenant orienté plein sud, et la mort ne l'a pas quitté.

     L'incongruité vient de la position : un rat mort, ça flotte sur le dos, ça pue, c'est la fin l'hiver, et bientôt le printemps, enfin, normalement.

    Il reste sur le ventre, comme si de rien n'était.

    Mort aux ingrats et aux hygiènistes  !

     


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    L'autre soir trois types.

    Dans une voiture ridicule. Mécontents d'avoir doublé de plus rapides qu'eux dans une voiture plus classieuse, les abrutis menacent, friment, s'exhibent.

    Je les regarde dans mon rétroviseur, écrasé par la bêtise qui coule à flot là, dans mon dos.

    Feu vert.

    Les abrutis font la course, avec moi maintenant, mais aussi avec leur victime précédente. Ils ratent de peu une autre voiture à un carrefour. Menacent, vitupèrent.L'un d'eux a même réussi à résumer en un seul geste, la reproduction humaine.

    Je m'imagine avec un flingue, à la solde du FBI. Mais c'est parce que je viens de finir un bouquin d'Ellroy acheté à la « joutia de Bab El Had »


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    J'aime écouter la conversation des autres dans les wagons de l’ONCF, ou les cafés d’Al Jazeera. Bleus et dorés. Les autres, leurs habitudes, leurs absences, tout ce fatras bringuebalant...

    Des fois, j'écoute mes propres conversations avec des blaireaux de mon entourage professionnel. Peut-être ont-ils des conversations intéressantes par ailleurs.

    C'est où par ailleurs ? C'est pas vraiment ailleurs, c'est pas vraiment par là. Où-est-ce ? Parlent-ils d'autre chose que ce dont ils me parlent à moi ? Ce qui est passé à la télé ? Ce qu'ils ont mangé durant le Ramadan? Les non-aventures avec les voisins et leur manque de civisme, des gamins boutonneux au Lycée ou des mioches à la maternelle ? Les histoires de la bonne ? Des accidents de la route ? De la pénurie de la levure en pâte ? Les racontars du couloir ?

    Par ailleurs, j'ose croire qu'une étincelle les inonde parfois d'un certain bonheur lumineux, de celui qu'on éprouve après avoir fini un bon livre, cet appétit soudain pour un autre livre à découvrir, pour un restaurant avec des copains, pour une idée, un bricolage. Mais avouer qu'une étincelle met plus le feu qu'elle n'inonde.

    Ce midi dernier, en déjeunant avec eux, sans regret ni enthousiasme, juste de l'appétit, j'ai subi la conversation des autres. Les chaussées trouées dans leurs rues de lotissements fraichement envahis, les murs trop fins, les dégâts des eaux, les années de crédit immobilier, les sacs en plastique du marché du coin.

    Alors j'ai inventé ma conversation à moi, histoire de les faire taire et de manger tranquille.

    « Faut se méfier des moustachus »  que j'ai lancé. Bêtement, sur le même ton.

    « Pas les barbus, notez-bien. Les moustachus. Un moustachu, ça cache une volonté de faire le fier. Un barbu, ça a raison même quand ça ment » !.

    Voilà mes dividendes : un grand silence parlant « mécréant !, emmerdeur !,   ferme ta gueule ! » .  N'importe quoi plutôt que vos histoires. Quand je pense qu'on a minimum tous bac + 5 - de quoi avoir le cafard ! –

    Et je repars de plus belle : sur la poésie sur l'île flottante de mon écran de pc, la mauvaise saison de la « handiya de Tiznit » et le nouveau business miraculeux  du cactus de Rhamna. Ça rigole plus du tout.

    Je savoure mon mauvais thé sans sucre. Les voilà qui se disent. Enfin ! Ils se disent quelque chose. Du regard, de la profondeur sous-jacente, des interrogations.

    Ça nous change de leurs hémorroïdes à ceux-là, qui  meublent mon midi ! Mais si seulement je pouvais passer mes midi à écouter des écrivains, c'est où ?

     


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